« Transformer un drame en une force créatrice » Prof. Guillaume Jondeau


2018 / vendredi, juin 8th, 2018

1. Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Guillaume Jondeau, je suis cardiologue à l’hôpital Bichat à Paris. Je suis responsable du centre de référence national pour le syndrome de Marfan et maladies apparentées qui se tient à l’hôpital Bichat également, de la filière française des maladies vasculaires rares et de la filière européenne qui s’appelle VASCERN « European Rare Disease Network », également sur les pathologies vasculaires rares.

2. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le Projet 101 Génomes Marfan ?

Le P101GM a pour but d’expliquer une partie de la variabilité de la sévérité d’une pathologie particulière, le syndrome de Marfan, qu’on ne sait pas expliquer aujourd’hui. L’intérêt de comprendre les facteurs de cette variabilité est de permettre d’aider à prédire la gravité de l’atteinte d’une personne, ce qui donne des informations pronostiques ;ça peut permettre de comprendre également quels sont les facteurs qui sont responsables d’une forme sévère ou pas sévère et éventuellement de jouer sur ces facteurs pour pouvoir favoriser les formes moins sévères, et éventuellement permettre de guérir. Les retombées potentielles vont au-delà du syndrome de Marfan puisque l’anévrisme de l’aorte (c’est-à-dire une dilatation de l’aorte) est observé dans une population beaucoup plus importante que celle atteinte par le syndrome de Marfan. Comprendre chez le syndrome de Marfan ce qui est responsable de la dilatation de l’aorte peut être applicable à d’autres cas de dilatation aortique.

Le syndrome de Marfan associe des atteintes dans différents systèmes. Le pronostic est centré par l’atteinte cardio-vasculaire puisqu’il y a un risque de dilation aortique donc de rupture mais il y a aussi une atteinte ophtalmologique qui peut entrainer une cécité, une atteinte squelettique qui peut entrainer une scoliose, une déformation thoracique et donc des douleurs, des inconforts, une atteinte cutanée, une atteinte neurologique, etc. Ces différents systèmes peuvent être atteints de façon plus ou moins sévère chacun. Et on ne sait pas prédire la sévérité de l’atteinte dans un système même en fonction de la sévérité de l’atteinte dans un autre. Le P101GM a pour but de rechercher quels sont les déterminants génétiques qui peuvent expliquer la sévérité ou l’absence de sévérité, initialement dans le système cardiovasculaire, mais à moyen terme dans les autres systèmes associés avec le syndrome de Marfan qui est lui-même associé à une mutation dans un gène particulier.

3. Pourquoi avez-vous accepté de faire partie du Comité scientifique du Projet 101 Génomes Marfan de la Fondation 101 Génomes ?

C’est important pour moi de participer pour beaucoup de raisons :

La première c’est que c’est un sujet de travail pour moi depuis des dizaines d’années. On a fondé la première consultation centrée sur le syndrome de Marfan en France en 1996 donc ça fait vraiment plusieurs dizaines d’années !

La deuxième c’est que c’est une question fondamentale à laquelle on n’a pas su répondre jusqu’à aujourd’hui et cela reste donc un des challenges à relever que d’essayer d’expliquer dans les maladies génétiques pourquoi certaines sont sévères et d’autres ne sont pas sévères. Les réponses peuvent avoir des implications dans le syndrome de Marfan mais aussi au-delà, même dans la façon d’aborder le problème.

La troisième, c’est que c’est le fruit d’une démarche de personnes particulières qui sont le papa et la maman d’un enfant qui présente un syndrome de Marfan. Elles ont transformé ce drame en une force créatrice motrice tout à fait remarquable. Elles ont un poids pour entrainer tout le monde derrière elles qui est unique et donc le projet progresse à une vitesse vraiment impressionnante. Chacun est attiré, poussé et entrainé par leur élan. C’est remarquable, c’est très motivant. Avoir quelqu’un qui est motivé par une histoire personnelle et qui est capable de faire une espèce de consensus scientifique derrière lui car il arrive à comprendre de quoi il s’agit, c’est une force extraordinaire puisqu’il n’empiète sur le domaine de personne et il ajoute une sensibilité particulière que n’ont pas les scientifiques même s’ils connaissent très bien la pathologie, même si, à force de s’y intéresser, ils sont plus ou moins directement concernés.

4. En tant que scientifique, qu’attendez-vous du Projet 101 Génomes Marfan de la Fondation 101 Génomes ?

Les attentes de ce projet sont multiples. Il y a d’abord des attentes de résultats scientifiques qui sont donc d’expliquer la variabilité. À partir de là, de pouvoir traiter des gens ou leur donner des renseignements plus précis et traiter non seulement les Marfans mais les gens qui ont d’autres pathologies qui s’en rapprochent.

Les attentes sont aussi de participer à quelque chose qui est international puisque dans ce Comité il y a non seulement la Belgique mais aussi des français, qu’il est question de faire participer beaucoup plus de gens que ça, de rejoindre des consortiums internationaux, Montalcino Aortic Consortium, et aussi d’intégrer ce projet dans un autre projet européen sur les maladies rares, l’European Reference Network dont je m’occupe, c’est l’une des raisons de ma présence ici. Il y a donc beaucoup de facteurs qui se conjuguent qui permettent de dire que c’est très intéressant de participer à cette aventure.

5. Quel est pour vous l’élément clé qui fait que le Projet 101 Génomes Marfan est important pour les patients Marfan ? Et pour les autres maladies rares ?

Les conséquences qu’on peut attendre pour les patients de ce projet sont multiples. La première c’est que c’est rassurant de voir qu’il y a des gens qui travaillent ensemble sur une pathologie rare qui vous touche. Ça fait du bien au cœur des patients de voir qu’il y a un travail dont ils sont le but soit direct soit indirect. Une autre retombée, c’est que si on comprend les facteurs qui expliquent la gravité de la pathologie du syndrome de Marfan et bien on comprendra peut-être plus facilement ce qui explique la gravité d’autres syndromes.. Si on comprend ce qui fait que l’atteinte est grave et ce qui fait que l’atteinte n’est pas grave et qu’on peut utiliser ces informations pour rendre moins graves les atteintes chez les patients, les patients en tireront des bénéfices directs, pas aujourd’hui, peut-être pas demain mais peut-être après-demain en termes de sévérité de leurs atteintes personnelles que ce soit pour le syndrome de Marfan mais aussi pour d’autres pathologies puisque les résultats pourront peut-être être étendus à d’autres pathologies génétiques ou rares.

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