A l’origine


2017 / jeudi, septembre 3rd, 2015

Notre fils Aurélien né en 2015 est atteint du syndrome de Marfan.

Le syndrome de Marfan résulte d’une atteinte des tissus conjonctifs[1] causée par une mutation délétère du gène FBN1 sur le chromosome 15 ayant pour conséquence que la protéine fibrilline codée par ce gène n’est pas ou est mal produite et n’assume dès lors par correctement son rôle dans les organismes des individus atteints.

Cette malfonction de la fibrilline a, normalement, des conséquences sur l’ensemble de l’organisme des personnes touchées et s’exprime, généralement, au niveau squelettique, pulmonaire, oculaire et surtout cardio-vasculaire[2] ce qui entraîne une prise en charge thérapeutique suivie et souvent lourde. Cette prise en charge passe notamment dans la plupart des cas par une intervention chirurgicale lourde au niveau de l’aorte (souvent combinée avec une intervention au niveau de la valve aortique).

Cependant, même au sein d’une même famille présentant une mutation identique, l’intensité des atteintes est très variable. Ainsi certaines personnes touchées par le syndrome présentent peu d’atteintes[3] alors qu’à l’autre extrémité du spectre, l’espérance de vie de certains Marfans est très limitée[4]. Entre ces deux extrémités, l’on retrouve la majorité des Marfans que la maladie handicape parfois lourdement et qui doivent régulièrement contrôler la dilatation de leur aorte.

En l’état actuel des connaissances scientifiques, cette grande variabilité des atteintes et de leur intensité n’est pas encore bien comprise (mis-à-part certaines pistes relatives notamment : à la position des mutations délétères sur certains exons[5] ; aux types de conséquences des mutations délétères[6] et au sexe des patients[7]).

C’est dans ce contexte que nous avons décidé de mettre en place une Fondation ayant pour objet de soutenir la recherche scientifique. Le premier projet inédit de cette Fondation consiste à mettre à disposition des chercheurs intéressés un outil prenant la forme d’une plateforme informatique contenant une base de données croisées génomiques/phénotypiques d’une cohorte de 101 patients atteints du syndrome de Marfan et ce, en vue de mieux comprendre la variabilité et l’intensité des atteintes à l’aide des moyens technologiques les plus avancés.

Cette Fondation a pour fonction de servir de véhicule pour récolter les fonds nécessaires notamment au financement de l’élaboration et de la gestion de cet outil de bioinformatique.

Ludivine Verboogen & Romain Alderweireldt

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[1]  Tissus extra-cellulaires qui retiennent entre-elles les cellules qui composent le corps humain. Voir la page dédiée au Syndrome de Marfan sur le site orphanet.

[2] Dietz H., « Marfan Syndrome » in GeneReviews, 18 avril 2001, dernière mise à jour 2 février 2017, disponible à l’adresse : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK1335/.

[3]  Et mènent même dans des cas exceptionnels des carrières de sportifs de haut niveau comme par exemple :

  • Flo Hyman, capitaine de l’équipe américaine de volley-ball médaillée d’argent aux Jeux Olympiques de 1984 ;
  • Isaiah Austin, joueur de basketball professionnel évoluant actuellement dans le championnat chinois dont la carrière en NBA a été interrompue à la suite du diagnostic de sa maladie ;
  • Comme celle de Jonathan Jeanne dont la carrière a également été interrompue aux portes de la NBA lorsqu’il a été diagnostiqué Marfan.

En dehors de ces sportifs dont le diagnostic Marfan a été confirmé, les caractéristiques physiques de Michael Phelps amènent certains observateurs à émettre l’hypothèse – non confirmée à l’heure actuelle – selon laquelle l’athlète le plus titré de l’histoire des Jeux Olympiques modernes serait également touché par le syndrome de Marfan ou par une autre atteinte des tissus conjonctifs : http://www.raredr.com/news/michael-phelps-marfan.

[4]  Et serait en moyenne de l’ordre de 16 mois pour les Marfans néonataux ou plus précisément Marfan à déclenchement rapide « early onset » : « Marfan syndrome (MFS) (OMIM 154700) is an autosomal dominant disorder of fibrous connective tissue involving the ocular, skeletal, and cardiovascular systems. MFS patients present with clinical variability, in which the rare neonatal Marfan syndrome (nMFS) has the most severe presentation in early childhood. The prognosis of nMFS is very poor, with a mean survival age of only 16.3 months. Valvular insufficiencies and diaphragmatic hernias have been associated with shorter survival in patients diagnosed before the age of 1 year. […] The term neonatal Marfan syndrome was first used in 1991 to describe the most severe phenotype of MFS similar to cases previously known as infantile Marfan syndrome, congenital Marfan syndrome, and severe perinatal Marfan syndrome. Recently, it has been suggested that the term neonatal MFS should be replaced by early onset and rapidly progressive MFS to represent the most severe features of MFS in early childhood » in Peng Q. et al., « A novel fibrillin-1 gene missense mutation associated with neonatal Marfan syndrome : a case report and review of the mutation spectrum », BMC Pediatrics, 30 avril 2016, 16:60, DOI 10.1186/s12887-016-0598-6.

Voir aussi « Lessons From A Little Fighter – Felix Reeves » par Sheena Reeves.

[5]   « Most previously identified nMFS-associated FBN1 mutations are known to cluster between exons 24 and 32, which is the neonatal region of FBN1 » in Peng Q. et al., « A novel fibrillin-1 gene missense mutation associated with neonatal Marfan syndrome : a case report and review of the mutation spectrum » in BMC Pediatrics, 30 april 2016, 16:60, DOI 10.1186/s12887-016-0598-6.

Voir aussi : Stheneur C. et al., « Prognosis Factors in Probands With an FBN1 Mutation Diagnosed Before the Age of 1 Year » in Pediatric Research, March 2011, DOI: 10.1203/PDR.0b013e3182097219 et ; Maeda J. et al., « Variable severity of cardiovascular phenotypes in patients with an early-onset form of Marfan syndrome harboring FBN1 mutations in exons 24–32 » in Heart and Vessels, January 2016, DOI: 10.1007/s00380-016-0793-2.

[6]  « Haploinsuffiency » ou « Dominant Negative » voir par exemple : Landis BJ. et al., « Genotype–phenotype correlations in Marfan syndrome » in Heart Online First, published on 8 June 2017 as 10.1136/heartjnl-2017-311513 et ; Franken R. et al., « Beneficial Outcome of Losartan Therapy Depends on Type of FBN1 Mutation in Marfan Syndrome » in Circ Cardiovasc Genet, April 2015, DOI: 10.1161/CIRCGENETICS.114.000950.

[7] Renard M. et al., « Sex, pregnancy and aortic disease in Marfan syndrome » in PLoS ONE, July 2017, https://doi.org/10.1371/journal.pone.0181166.

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