Le Projet 101 Génomes Marfan vu par Dessie Lividikou et Laurens Ivens


2018 / jeudi, octobre 18th, 2018

Notre histoire

Notre fils Sam est né le 24 septembre 2017. Il est atteint du syndrome de Marfan néonatal, une variante grave du syndrome de Marfan. Le syndrome de Marfan est un trouble évolutif dans lequel le tissu conjonctif du corps n’est pas produit correctement. Ceci affecte principalement le cœur, les poumons, le squelette et les yeux. Il n’existe actuellement aucun traitement causal pour le syndrome de Marfan. Les nourrissons atteints du syndrome de Marfan néonatal ont une faible espérance de vie. Les médecins ont donné à Sam une espérance de vie maximale de 2 ans à la naissance.

Le syndrome de Marfan est un trouble génétique qui touche environ une personne sur 5.000. Chez trois personnes sur quatre, le syndrome de Marfan a été transmis génétiquement au sein de la famille. Chez une personne sur quatre, il résulte d’une mutation nouvelle spontanée. Le Marfan néonatal est toujours « de novo », comme chez Sam.

Le syndrome de Marfan est causé par une mutation du gène FBN1 (gène Marfan), ce qui fait que la protéine fibrilline-1, et donc le tissu conjonctif, n’est pas produit en suffisance ou adéquatement dans l’organisme.

Nous avons commencé un blog « Lieve Sam » et à travers notre blog, nous sommes entrés en contact avec les parents d’Aurélien, un petit garçon belge de 2 ans et demi atteint du syndrome de Marfan néonatal.

Ses parents, Romain Alderweireldt et Ludivine Verboogen, ont lancé un important projet de recherche innovant sur les maladies rares en Belgique via leur « Fondation 101 Génomes ».

L’objectif du projet pilote de cette Fondation, le « Projet 101 Génomes Marfan », est de créer une base de données génétiques et cliniques à partir de 101 patients atteints du syndrome de Marfan. Grâce à cette base de données, des scientifiques de spécialités diverses pourront faire des recherches nouvelles sur ce trouble rare du tissu conjonctif.

Pourquoi cette recherche ?

Jusqu’à présent, on pensait que le Marfan néonatal était une maladie à évolution prévisible, causée par ce « gène Marfan » et que tous les enfants atteints de Marfan néonatal mourraient dans les deux ans.

Au cours des dernières années, les scientifiques ont constaté qu’il y a plus de variations entre les patients en ce qui concerne l’évolution et la gravité de cette maladie qu’on ne le pensait au départ. Une partie de cette variation peut s’expliquer par un diagnostic précoce et de meilleurs traitements symptomatiques, mais indique aussi qu’il y a des variations naturelles. Actuellement, le syndrome de Marfan néonatal est considéré comme la forme la plus sévère du syndrome de Marfan.

De même, dans le syndrome de Marfan classique, il apparaît qu’il y a beaucoup de variations entre les patients et que même au sein d’une même famille (dans laquelle tous les patients sont porteurs de la même mutation génétique FBN1), il peut y avoir de grandes différences. Certaines personnes atteintes du syndrome de Marfan ont peu de symptômes et vivent très vieux, d’autres décèdent très jeunes.

Cette plateforme permettrait aux scientifiques d’étudier plus avant cette variabilité afin de comprendre si d’autres facteurs génétiques, outre le gène Marfan, y conduisent et quels sont-ils.

Concept de l’étude

L’objectif de cette recherche est de développer une base de données de 101 patients atteints du syndrome de Marfan et de mener des recherches sur l’ensemble de leur matériel génétique[1]. Alors que jusqu’à présent, seul le gène Marfan a toujours été étudié, l’objectif de ce projet est précisément de cartographier tous les gènes[2] de ces patients.

En reliant toutes les informations génétiques des patients à leur syndrome et en les comparant entre elles, les scientifiques peuvent déterminer s’il existe d’autres gènes, en plus du gène Marfan, qui influencent le développement du syndrome. Et s’il existe d’autres gènes qui ont également un effet sur l’évolution du syndrome et qui peuvent éventuellement expliquer pourquoi cette maladie se manifeste très légèrement chez certains patients et très sérieusement chez d’autres.

La cartographie, non seulement du gène Marfan, mais aussi de tous les gènes des patients Marfans, rend donc cette recherche innovante et constitue un complément important aux connaissances déjà existantes sur le syndrome de Marfan[3].

Si, en comparant les patients Marfan, on trouve des récurrences et des similitudes qui montrent que d’autres gènes jusqu’ici inconnus affectent le syndrome de Marfan, il peut être possible d’intervenir et de développer des stratégies qui peuvent améliorer l’effet des gènes ayant une influence positive ou atténuer l’effet des gènes ayant une influence négative. Sur cette base, d’autres traitements ou médicaments peuvent être mis au point à l’avenir, ce qui peut améliorer la santé des patients.

Pour la mise en place de leur Fondation 101 Génomes, les parents d’Aurélien ont remporté le prix Edelweiss 2018 de RaDiOrg[4] pour leur contribution aux maladies rares en Belgique.

Pourquoi cette recherche n’a-t-elle pas été effectuée auparavant ?

Comme le syndrome de Marfan est une maladie rare et que le Marfan néonatal est encore plus rare, jusqu’à présent, on sait peu de choses sur la grande variabilité qui existe entre les atteintes des patients. Des recherches récentes montrent qu’il y a également une grande variabilité entre les enfants atteint de Marfan néonatal. Cette nouvelle perspective rend possible et pertinente une recherche innovante.

De plus, la technique nécessaire pour « lire » toute la palette de gènes d’un patient (tout le génome) et la comparer avec d’autres patients était encore inaccessible jusqu’à récemment.

Actuellement, grâce aux derniers développements scientifiques, il est parfaitement possible de réaliser cette recherche à un prix abordable.

De quoi a-t-on besoin ?

Deux choses sont nécessaires pour mener à bien cette recherche. Premièrement, une cohorte d’au moins 101 patients atteints du syndrome de Marfan, avec un certain nombre de mutations FBN1 différentes et une variabilité nette dans la gravité de la maladie. Cela permettra une comparaison génétique entre les patients présentant des syndromes de Marfan légers et sévères.

Deuxièmement, un montant de 500.000,- euros est nécessaire pour 2018 afin de pouvoir mettre en place et mener à bien la recherche. Une partie de ce montant a déjà été collectée.

Ce projet est réalisé par la Fondation 101 Génomes, créée par les parents d’Aurélien, en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin de Belgique. Un grand nombre de scientifiques et d’organisations nationales et internationales travaillant dans le domaine de Marfan se sont déjà engagés à soutenir et à coopérer à ce projet.

Laurens Ivens et Dessie Lividikou

Amsterdam Avril 2018

Notre blog Lieve Sam www.lievesam.weebly.com

Plus d’informations sur le projet 101 Génomes Marfan peuvent être trouvées sur http://www.f101g.org/

 

 Professeur Bart Loeys, Université d’Anvers :

« Il est très inspirant de voir à quel point les parents de Sam et Aurélien sont impliqués dans la recherche scientifique pour un meilleur traitement du syndrome de Marfan. Leur énergie inépuisable et leur engagement débridé nous encouragent à chercher encore davantage les pièces manquantes du puzzle. La variabilité « naturelle » de la gravité des signes cliniques chez les patients Marfan porteurs de la même mutation génétique sur le gène FBN1 nous indique que la nature elle-même trouve des moyens de compenser au moins en partie l’effet de la mutation génétique. Si nous pouvons découvrir comment « mère nature » y parvient, nous pouvons essayer de trouver des méthodes de traitement qui produisent le même effet. La génétique a connu une véritable révolution technologique ces dernières années et le temps est venu d’utiliser cette technologie pour découvrir les explications génétiques des variations cliniques entre les patients Marfan. Je suis heureux et fier de pouvoir contribuer à cette coopération nationale et internationale entre les scientifiques, les patients et leurs parents. »

 

Professeur Julie De Backer, Université de Gand :

« Les chances de collaborer concrètement avec les patients et les familles dans le cadre de la recherche sont généralement faibles – en général, cela ne va pas au-delà de l’inclusion des patients dans les protocoles d’étude. L’occasion offerte par Romain et Ludivine est unique et nous permet d’élaborer des questions très concrètes du point de vue des patients. Tout ce qu’ils ont appris sur le syndrome en si peu temps est inouï et, sur cette base, ils ont élaboré un projet solide.

La question de ce qui nous attire tant dans la recherche est souvent posée – bien que la réponse à cette question soit évidente : les troubles tels que le syndrome de Marfan s’accompagnent souvent de problèmes graves (parfois mortels) – c’est très difficile à supporter pour les patients et leurs familles en premier lieu et même en tant que médecin, cela ne laisse pas indifférent. En participant activement à la recherche, nous essayons (à petits pas) de soulager cette souffrance et cela nous donne l’énergie nécessaire pour continuer notre travail. »

 

[1]       Il s’agit de relier toutes les données génomiques de ces patients à leurs caractéristiques phénotypiques.

[2]       Non seulement le gène spécifique de Marfan, mais aussi le génome entier de ces patients.

[3]       Cette approche s’inspire du Genome-Wide Association Study (GWAS).

[4]       Rare Disease Organisation

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